Chapitre
La découverte
Lorelei vivait une vie parfaitement normale, avec des amis et des ennemis, comme tout le monde, jusqu’à ce jour de la rentrée du lycée. Elle n'avait jamais redoublée ni sautée de classe. A quinze ans elle commençait donc son année de seconde. Elle était plutôt bonne élève et n'avait jamais fait la cancre. Au contraire, elle travaillait bien et régulièrement. La jeune fille revenait en car ; pour l’instant rien d’anormal. Elle prit son goûter, regarda un peu la télé puis monta dans sa chambre pour préparer ses affaires scolaires. Ce n’est qu’en ouvrant son cartable qu’elle le découvrit. Étonnée, elle le mit dans une boîte, sous son lit et n’y pensa plus. Elle alla dans le jardin, à chercher son chat Ebène. L’ayant enfin trouvé, Lorelei le caressa longuement et joua avec lui. Ce n’est qu’en tombant nez à nez avec une araignée noire, une heure plus tard, qu’elle se souvint de la chose. Rapidement, elle courut et grimpa l’escalier pour entrer dans sa chambre. Elle la sortit de sa boîte et poussa un cri de surprise. Elle avait grandi ! C’était une petite pierre noire, étrangement chaude au toucher, avec un symbole qui brillait d’une lumière verte. Le signe ressemblait à une sorte de planète tenue par un être bizarre, humanoïde mais avec trois doigts et des ailes. Son visage était humain, mais ses oreilles était pointues et ne comportaient pas de lobes. La jeune fille ne put s’empêcher de le toucher. Un bruit assourdissant retentit. Ses tympans en vibrèrent pendant quelques secondes qu'elle prit pour plusieurs minutes. Elle eut l’impression de traverser un tunnel très coloré mais comme cela dura quelques secondes, elle n’en était pas sûre. Aussi soudainement que le bruit avait apparu, elle se retrouva par terre, sonnée mais indemne. Pour l’instant. Elle se leva et s’aperçut qu’elle ne se trouvait plus dans sa chambre. Une magnifique foret s’élevait juste devant elle. Principalement composés de chênes centenaires, les sous-bois étaient pourtant bien éclairés et accueillants. De multiples traces d'animaux; écorce arrachée, empreintes de pattes sur le sol, feuilles piétinées, branches d'arbres arrachées; prouvaient que cette forêt était peuplée de bêtes de toutes sortes. Et peut-être pas des plus amicales.
« Que fais-tu là ? »
Lorelei sursauta en se demanda d’où venait la voix. Elle observa bien ce qui était devant elle. Des arbres et des buissons. Elle regarda alors à côté d'elle. Pareil.
« Quelle créature es –tu ? »
La voix venait de derrière elle! La jeune fille tourna sur elle-même et vit alors un superbe cheval à quelques pas d’elle. Blanc avec des zébrures sur la tête et les jambes, il la regardait d’un air interrogateur. La créature possédait aussi une corne bicolore, blanche et noire. Au niveau des boulets, ses poils étaient jaunes au milieu des rayures noires.
« Quelle créature es-tu ? Tu ne peux pas être un troll, tu sembles trop belle et intelligente pour cela. Tu n’as pas les belles oreilles pointues des elfes. Une fée ne serait pas assez maligne pour jouer un tour pareil et tu n’as pas non plus la rudesse de trait des nains. Tu es très étrange! »
La jeune fille se demanda si elle s'était endormie. Une licorne qui parle! C'était tout bonnement impossible! Mais si tout ceci était un rêve, pourquoi pouvait-elle penser? Ces arbres, cette licorne et tout ce qui l'entourait étaient peut-être réel. Aussi elle décida de répondre à la créature et de voir ce qu'il se passerait ensuite.
« Toi aussi tu es très bizarre, tu ressembles à une licorne, comme dans les légendes sauf que tu n’es pas toute blanche comme elles. Mais c’est quoi un troll ? Et comment j’ai atterri ici ? »
La jeune fille entendit un rire merveilleux, à la fois cristallin et chevalin.
« Je suis bien une licorne mais pas une sylvacorne, une zébracorne. Et comme ça, tu ne connais pas les trolls ? Je pensais que tout Galla connaissait les trolls ! Ces stupides créatures, aussi incivilisées que moches ! Mais tu ne m’as toujours pas dit quelle créature tu es. Tu ne serais pas une humaine ? Même si cela semble impossible, ils ont disparu depuis longtemps. »
« Exactement, je suis une… »
A ce moment, un bruit l’interrompit. Elle se retourna et poussa un cri de terreur. Un être immonde fonçait sur eux. Il semblait vaguement humain, sa peau verdâtre empestant la charogne. Deux longues cornes de sanglier ornaient sa bouche aux dents émiettées. Il fonça droit sur la jeune fille qui, terrorisée, ferma les yeux. Elle vit alors des étoiles et se sentit soudain épuisée tandis qu'un bruit de chute lui fit rouvrir les yeux Lorelei contempla la bête, qui semblait raide morte.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Un troll »
« Que lui est-il arrivé ? Il est mort ? »
« Apparemment. C’est un sort vraiment puissant qui l’a tué. Je me demande même si… Non, c’est impossible ! Bon, il faut que je t’emmène chez les elfes, voir leur roi, Argan. Je dois lui faire un compte-rendu de tout ce bazar. Monte sur mon dos, je t’emmène. Au fait, je m’appelle Shilza »
L'humaine grimpa sur une grosse racine, puis monta sur son dos, avec une aisance qui dénotait beaucoup de pratique. Montaient-ils des animaux, là-bas, dans l'ancien monde ? Ce ne fut qu’à ce moment là qu’elle répondit à sa question implicite.
« Lorelei »
Quel joli nom ! il lui convenait parfaitement .Elle semblait très jeune, pas plus de 70 ans pour une elfe. Elle était vraiment mignonne avec ses cheveux roux, légèrement bouclés, qui cascadaient le long du dos. Ses yeux verts effrayés lui rappelaient des émeraudes. Des taches de rousseur, chose extrêmement rare chez les elfes, à part ceux pratiquant la magie, lui encadraient un nez parfait. Sa bouche faisait une moue. la seule chose qui la dérangeait, était ses oreilles, arrondies et sans lobes, comme tous les humains devaient avoir. A part ce petit détail, elle était magnifique. Cela venait peut-être de son maintien et de son port de tête ou alors de sa grâce naturelle. Elle semblait à la fois épuisée et effrayée. Après tout, elle venait sans doute de changer de monde et cela devait être très fatiguant.
Accroches-toi, conseilla la zébracorne, et elle commença à galoper. Rapidement, la jeune fille s’endormit sans pour autant lâcher la crinière de Shilza. Très légère, elle semblait peser autant de poids qu'une plume.
Il y a15 ans, quelque part entre les montagnes Désolées et le mont Doré.
Deux jumeaux naissent. La mère repousse le second avec un cri effrayé et un ordre pour la sage-femme. Celle-ci enveloppe le nouveau-né dans un linge après l’avoir lavé et part rapidement. Son cerveau tourne à plein régime. Elle remplit une baignoire. A l’instant où elle allait y plonger le bébé, elle se ravise et sort précipitamment. Elle se met à courir dans les couloirs déserts et percute le père de l’enfant. Tous les deux tombent sous le choc. Dans les yeux du père couronné, on peut lire de la surprise, de la tristesse puis de la résignation. Il donne quelques pièces d’or et un étrange objet à la jolie femme, la relève puis lui murmure des paroles précipitées. La jeune femme brune acquiesce puis s’enfuit en emportant l’enfant mal formé. De la chambre d’accouchement résonnent des paroles impérieuses. Des gardes se précipitèrent dans la pièce où le bain fumait encore. N’y trouvant pas celle qu’ils cherchent, ils se dirigent alors vers l’enclos des bêtes sauvages. Les deux gardes y découvrent une femme brune. Ils l’empoignent et la jette dans l’enclos. Ils ressortent, n’écoutant pas les hurlements de déception des animaux La jeune femme soupire d’aise, contemple le nouveau-né avec affection, et quitte le domaine qui aurait pu être la maison de l’enfant.